📝EN BREF
- De nouvelles recherches portant sur plus de 1,3 million de personnes montrent que des niveaux sanguins plus élevés de vitamine D sont associés à une réduction jusqu’à 58 % du risque de cancer colorectal, en particulier chez les femmes.
- Un impressionnant 80 % des adultes présentent une carence ou une insuffisance en vitamine D, ce qui augmente considérablement leur risque de développer un cancer colorectal au fil du temps.
- La vitamine D contribue à ralentir la croissance des cellules cancéreuses, à soutenir la santé intestinale et à réduire l’inflammation : autant de facteurs essentiels pour prévenir la formation de tumeurs dans le côlon.
- Une exposition régulière au soleil ou la supplémentation en vitamine D a démontré une réduction du risque de polypes et de tumeurs, même chez les personnes présentant un risque génétique de cancer du côlon.
- Mesurer vos niveaux de vitamine D et corriger les carences grâce au soleil, à des suppléments ou à l’alimentation constitue l’une des méthodes les plus efficaces et économiques pour réduire votre risque de cancer colorectal.
🩺Par le Dr. Mercola
Le cancer colorectal est aujourd’hui l’un des types de cancer les plus fréquents, en particulier dans les pays occidentaux où l’alimentation moderne et industrielle est la norme. Chaque année, 1,2 million de cas de cancer colorectal sont diagnostiqués dans le monde et environ 930 000 personnes en décèdent. C’est le deuxième cancer le plus fréquent chez l’homme et le troisième chez la femme.
Certains symptômes précoces du cancer colorectal incluent des douleurs abdominales, la présence de sang dans les selles, la fatigue et une perte de poids inexpliquée. Cependant, ces signes sont souvent ignorés jusqu’à ce que la maladie soit avancée, et il est alors trop tard.
Aujourd’hui, la recherche met en lumière un facteur puissant mais souvent négligé pour se protéger contre cette maladie mortelle : la vitamine D.
De nouvelles données confirment le rôle crucial de la vitamine D dans la prévention du cancer du côlon
Une analyse complète publiée en avril 2025 dans la revue Nutrients a révélé un lien significatif entre la vitamine D et le cancer colorectal (CRC). Les chercheurs ont examiné et analysé les données de 50 études impliquant plus de 1,3 million de participants afin d’évaluer l’impact de la vitamine D sur le risque de cancer colorectal.
• Cette revue à grande échelle a couvert diverses populations : Les données concernaient différents groupes et nationalités, notamment des femmes du Midwest américain, des adultes danois ayant des antécédents familiaux de cancer et des Canadiens vivant en altitude. Les participants présentaient également différents états de santé : certains avaient un cancer colorectal ou une carence documentée en vitamine D. D’autres recevaient en complément un apport en vitamine D.
• Malgré la diversité des profils et des risques génétiques, un schéma constant est apparu : Les chercheurs ont constaté que plus vos niveaux de vitamine D étaient faibles, plus votre risque de cancer du côlon était élevé. Inversement, les personnes ayant des niveaux adéquats ou optimaux de vitamine D présentaient des taux de cancer nettement plus bas.
« Maintenir des niveaux optimaux de vitamine D et un apport alimentaire suffisant est crucial pour prévenir le CRC et améliorer le pronostic des patients » ont souligné les chercheurs.
• Malheureusement, la majorité des personnes présentent aujourd’hui des niveaux très faibles de ce nutriment vital : Une étude récente portant sur plus de 5 600 adultes a révélé que 37,6 % présentaient une insuffisance (taux sanguins entre 20 et 30 ng/mL), tandis que 42 % étaient sévèrement carencés (taux inférieurs à 20 ng/mL).
Mónika Fekete, Ph.D., professeure à l’Institut de médecine préventive et de santé publique de l’université Semmelweis et auteur principal de l’étude, a déclaré :
« La vitamine D ne remplace pas le dépistage ni un mode de vie sain, mais elle constitue un facteur important et relativement modulable auquel il faut prêter attention : notamment chez les personnes à risque élevé de carence, comme les personnes âgées, celles exposées au soleil de manière limitée, les individus à peau foncée ou souffrant de maladies chroniques ».
Points saillants de l’étude
Cette recherche montre clairement que ne pas suivre son statut en vitamine D revient à passer à côté de l’un des outils les plus simples et puissants pour réduire le risque de cancer colorectal. Voici quelques-unes des conclusions marquantes de l’analyse présentée, qui mettent en évidence la vitamine D comme un facteur clé pour réduire le risque de cancer colorectal.
• Une étude de référence de 1996 a révélé que les femmes ayant le plus fort apport en vitamine D présentaient un risque réduit de 58 % par rapport à celles ayant le plus faible apport.
• Une méta-analyse de 2021 a montré une réduction de 39 % du risque de cancer colorectal chez les personnes présentant des niveaux sanguins plus élevés de vitamine D. Les chercheurs ont également noté que ceux qui maintenaient des niveaux élevés au fil du temps avaient 20 % de chances en moins de développer un cancer colorectal.
• Une étude canadienne a montré que la supplémentation en vitamine D réduisait l’apparition de polypes précancéreux : de 33 % pour tous les polypes et de 43 % pour les polypes à haut risque. Ces polypes peuvent évoluer en cancer si non traités, ce qui rend cette intervention extrêmement importante.
• L’étude Iowa Women’s Health a constaté que les femmes prenant de la vitamine D avec du calcium voyaient leur risque de cancer colorectal diminuer de 15 % par rapport à celles ne prenant aucun supplément.
• L’étude danoise Diet, Cancer and Health l’une des plus importantes incluses, a montré que la vitamine D offrait une protection encore plus forte chez les personnes présentant un risque génétique élevé. Ainsi, si vous avez des antécédents familiaux, optimiser votre statut en vitamine D n’est pas seulement utile : cela peut sauver des vies.
Comment la vitamine D influence-t-elle le risque de cancer colorectal ?
La vitamine D est un nutriment liposoluble que votre corps synthétise naturellement lorsque votre peau est exposée au soleil. Comme indiqué dans mes précédents articles, elle joue un rôle essentiel dans la santé des os, le système immunitaire, et le fonctionnement du cerveau, notamment la régulation de l’humeur.
• Rôle protecteur contre le cancer : La vitamine D agit en se fixant aux récepteurs de vitamine D (VDR) présents dans vos cellules, y compris celles du côlon. Cette interaction déclenche une série de signaux qui influencent la croissance, le développement et la survie des cellules. Des niveaux insuffisants affaiblissent ces effets protecteurs, permettant aux cellules coloniales anormales de survivre et de se multiplier.
• Autre fonction essentielle : Des études animales ont montré que la vitamine D aide à retarder certains changements liés à l’âge en activant une voie importante via le récepteur de la vitamine D. Cette voie implique une molécule appelée Nrf2, qui protège l’organisme contre le stress oxydatif et les dommages à l’ADN, deux facteurs liés au développement du cancer.
• Soutien à l’intégrité intestinale : Le côlon se régénère constamment, ce qui nécessite une communication précise entre les cellules. La vitamine D veille à ce que ce processus fonctionne correctement. Selon une étude :
« La vitamine D et son récepteur nucléaire (VDR) régulent l’intégrité de la barrière intestinale et contrôlent l’immunité innée et adaptative dans l’intestin. Les métabolites du microbiote intestinal peuvent également réguler l’expression du VDR, tandis que la vitamine D peut influencer le microbiote et exercer des effets anti-inflammatoires et immunomodulateurs ».
La vitamine D protège également contre d’autres cancers
Le cancer est aujourd’hui la deuxième cause de mortalité dans le monde, après les maladies cardiovasculaires. L’analyse présentée et les études qu’elle cite montrent que l’optimisation des niveaux de vitamine D constitue une stratégie clé pour réduire les décès par cancer. Pourtant, son importance est rarement reconnue par les autorités sanitaires. Plusieurs mécanismes expliquent comment la vitamine D protège contre le cancer :
• Inhibition de la croissance des cellules cancéreuses : Elle agit sur différentes étapes du développement et de la progression du cancer. Cela comprendl’initiation, la croissance et la propagation des cellules cancéreuses.
• Prévention de la propagation du cancer : Elle a des effets antimétastatiques, c’est-à-dire qu’elle empêche les cellules cancéreuses de se répandre du site tumoral initial vers d’autres zones de l’organisme. Cette approche est utile pour améliorer les taux de survie, car les métastases sont souvent responsables de nombreux décès liés au cancer.
• Blocage de la formation de tumeurs : La vitamine D est anti-tumorigène : elle aide à prévenir la formation ou la croissance des tumeurs en induisant la mort des cellules cancéreuses, en bloquant le cycle cellulaire ou en inhibant les voies favorisant la croissance tumorale.
Une revue publiée en 2023 dans le Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology a identifié plusieurs types de cancer que la vitamine D pourrait aider à prévenir :
- Sein
- Prostate
- Vessie
- Glioblastome
- Mélanome
- Carcinome à cellules squameuses
- Ovaires
- Myélome multiple
- Ostéosarcome
- Tête et cou
L’étude a également mis en évidence le rôle des différences génétiques dans le récepteur VDR, susceptibles d’influencer le risque de cancer du sein.
Le soleil : l’usine naturelle de vitamine D
Bien que certains aliments comme les poissons gras, le foie ou les jaunes d’œufs contiennent de la vitamine D, le moyen le plus efficace d’augmenter vos niveaux reste une exposition solaire adaptée et consciente.
• Lorsque les rayons du soleil touchent votre peau, elle produit un type de vitamine D appelé cholécalciférol : il est très différent de la vitamine D2 que l’on obtient à partir de sources végétales comme les champignons ou la levure. La vitamine D3 est en réalité plus efficace pour élever les niveaux sanguins. Lors d'une journée ensoleillée typique, votre corps peut produire jusqu'à 25 000 unités internationales (UI) de vitamine D.
• Quelle durée d’exposition au soleil est suffisante ? Idéalement, exposez quotidiennement votre peau nue au soleil direct. Évaluez la durée sûre d’exposition grâce à ce test simple : observez attentivement votre peau pour détecter toute apparition de roseur. Le but est de rester juste en dessous du seuil où la peau commence à devenir légèrement rose. Si votre peau devient rouge, c’est un signe de dommage et non de bénéfice : sortez immédiatement du soleil direct.
• Votre corps ne peut pas produire un excès de vitamine D par exposition solaire : il cesse de la synthétiser lorsqu’il en a suffisamment, il est donc impossible de « trop » s’exposer au soleil pour augmenter la vitamine D. Cependant, les personnes à peau plus foncée devront passer plus de temps au soleil pour produire la même quantité de vitamine D qu’une personne à peau claire.
• Mise en garde importante sur l’exposition solaire : si vous consommez encore une alimentation industrielle riche en huiles végétales ou graines, l’exposition au soleil pourrait être contre-productive. En effet, ces huiles contiennent de l’acide linoléique (AL), qui s’accumule dans la peau.
Lorsque l’AL interagit avec les rayons UV, il déclenche inflammation et dommages à l’ADN. Pour l'éviter, je recommande de ne pas s'exposer aux heures d'ensoleillement intense avant d'avoir éliminé ces huiles depuis au moins six mois.
• Rappels supplémentaires concernant le soleil : dans certains cas, il est impossible d’éviter complètement le pic solaire pendant la période de purge de l’AL. Dans ce cas, appliquez des mesures protectrices :
◦ Prenez 12 mg d’astaxanthine par jour : cela renforce la résistance de votre peau aux UV.
◦ Appliquez une crème à la niacinamide (vitamine B3) avant et après l’exposition solaire.
◦ Prenez une petite aspirine : cela empêche l’AL de se transformer en métabolites oxydés nocifs (OXLAMs). Idéalement, prenez l'aspirine 30 minutes à une heure avant l'exposition.
• Stratégie pour accélérer l’élimination de l’AL de la peau : une découverte récente montre qu’il est possible d’accélérer la purge de l’AL présent dans la peau en ingérant une graisse spécifique. L’acide pentadécanoïque ou C15:0, présent dans le lait cru issu de vaches nourries à l’herbe.
Je recommande un apport d’au moins 2 g de C15:0 par jour, ce qui réduit significativement la durée d’élimination de l’AL dans le corps, passant de deux à trois ans à 12-18 mois. Mon article « Cette graisse rend votre peau plus vulnérable au soleil » donne plus de détails sur le C15:0.
Cependant, tout le monde n’a pas toujours accès au soleil. Par exemple, les habitants des régions très septentrionales ne bénéficient que de quelques mois de lumière solaire optimale. Dans ce cas, la supplémentation en vitamine D3 constitue la meilleure alternative.
Faites tester vos niveaux pour atteindre l’optimum de prévention du cancer
Mesurer votre taux de vitamine D, idéalement deux fois par an, est le seul moyen de savoir si votre exposition solaire et/ou votre supplémentation en vitamine D3 est suffisante.
• Quel est le niveau optimal pour prévenir le cancer ? Idéalement, visez un taux sanguin entre 60 et 80 ng/mL. Le seuil de suffisance se situe autour de 40 ng/mL. En Europe, les mesures que vous devriez atteindre sont respectivement de 150 à 200 nmol/l et 100 nmol/l.
• Ajustez vos niveaux selon les résultats : Une fois votre taux confirmé par test, adaptez votre exposition solaire et/ou votre supplémentation en vitamine D3. Et n'oubliez pas de refaire le test dans les trois à quatre mois suivants pour vous assurer que vous avez atteint votre taux cible.
• Optimisez les autres nutriments pour soutenir vos niveaux : Associez la vitamine D3 au calcium, au magnésium et à la vitamine K2 via une alimentation saine.
• Astuce si vous prenez de la vitamine D3 : Consommez-la avec un repas contenant des graisses saines, comme du beurre ou du suif de vaches nourries à l’herbe. Étant liposoluble, la vitamine D s’absorbe ainsi mieux.
La santé intestinale : un autre facteur clé pour réduire le risque de cancer colorectal
La vitamine D, ou son absence, est un facteur important, mais un autre aspect majeur souvent négligé est la santé intestinale.
L’état du microbiome intestinal influence fortement le risque de cancer colorectal, notamment selon la composition de votre alimentation. Votre intestin est un écosystème fascinant, peuplé de milliards de bactéries, bénéfiques ou nuisibles. Ces minuscules résidents jouent un rôle essentiel dans la digestion, l’absorption des nutriments et la régulation de l’immunité.
Mais une alimentation pauvre et ultratransformée, riche en huiles végétales et en AL, freine le développement des bonnes bactéries tout en nourrissant les pathogènes. Ce déséquilibre du microbiote intestinal génère un terrain inflammatoire, ce qui augmente considérablement le risque de développer un cancer colorectal.
Il est donc crucial de protéger la santé de votre intestin. Pour plus d’informations : « Êtes-vous en train de nourrir votre pire ennemi sans le savoir ? » pour plus d'informations.
Questions fréquentes (FAQ) sur la vitamine D et la prévention du cancer colorectal
Q : Comment la vitamine D protège-t-elle contre le cancer colorectal ?
R : La vitamine D régule directement les cellules. Elle ralentit la croissance des cellules anormales, favorise la mort des cellules malsaines, réduit l’inflammation intestinale et maintient l’intégrité de la muqueuse intestinale : autant d’éléments clés pour prévenir le développement ou la progression du cancer.
Q : Quel niveau de vitamine D est protecteur contre le cancer du côlon ?
R : Pour la prévention, visez 60 à 80 ng/mL dans le sang. Les niveaux inférieurs à 30 ng/mL sont faibles, et tout taux sous 20 ng/mL est considéré comme déficient. La plupart des adultes sont en dessous de ces seuils, exposant inutilement leur santé.
Q : La vitamine D réduit-elle aussi le risque de polypes du côlon ?
R : Oui. Une étude canadienne a montré que la supplémentation réduisait tous les polypes de 33 % et les polypes à haut risque de 43 %. Ces croissances précèdent souvent le cancer, donc les réduire constitue un pas majeur dans la prévention.
Q : L’exposition solaire suffit-elle pour combler mes besoins en vitamine D ?
R : Le soleil est le moyen le plus efficace de produire de la vitamine D naturellement, mais uniquement si vous n’êtes pas chargé en huiles de graines, qui endommagent la peau. Si l’exposition au soleil est impossible en raison du lieu, du teint ou de la saison, la supplémentation en vitamine D3 est recommandée.
Q : Qui est le plus à risque de carence en vitamine D et de cancer colorectal ?
R : Les personnes âgées, celles à peau foncée, celles souffrant de maladies chroniques ou à faible exposition solaire sont plus susceptibles d’être déficientes. Si vous avez des antécédents familiaux de cancer colorectal, optimiser vos niveaux de vitamine D devient encore plus essentiel.
🔎Sources et Références :
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- 2 Nutrients. 2025 Apr 15;17(8):1351
- 3, 5, 12 Prevention, April 22, 2025
- 4 J Cachexia Sarcopenia Muscle. 2025 Mar 31;16(2):e13778
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- 7 Critical Reviews in Food Science and Nutrition, Volume 63, 2023 - Issue 1
- 8 Preventive Medicine, Volume 135, June 2020, 106072
- 9 Nutrition and Cancer, Volume 71, 2019 - Issue 5
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